La canne à sucre est partout dans le paysage mauricien — près de 72 % des terres arables de l'île lui sont encore consacrées. Longtemps réduite à sa dimension sucrière et coloniale (voir la page Histoire de l'île), elle est aussi, depuis les années 2000, à l'origine d'une petite renaissance : une poignée de distilleries mauriciennes produisent aujourd'hui des rhums salués à l'international, et se visitent facilement une fois installé sur l'île.
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Ce résumé tient sur une page, mais le guide complet détaille les 4 rhumeries à visiter avec leurs informations pratiques (adresse, horaires, tarifs), une carte de repérage, les marques mauriciennes à connaître, et un petit lexique du rhum. Téléchargez le guide complet en PDF (9 pages, gratuit) →
Une culture introduite par les Hollandais, développée par la France
La canne à sucre arrive à Maurice en 1639, importée de Java par les Hollandais — d'abord pour produire un alcool de sève de palmier, puis, cette ressource se raréfiant, un alcool de canne. La production reste balbutiante sous administration hollandaise, minée par les maladies de la canne, et n'empêche pas l'abandon de l'île en 1710.
C'est sous la France, à partir de 1715, que l'industrie sucrière prend vraiment racine : les premiers moulins à sucre permanents et leurs distilleries attenantes s'installent vers 1740, et en 1744 le gouverneur Mahé de Labourdonnais fonde le domaine sucrier de Villebague, avec sa propre distillerie — l'ancêtre direct de ce qui deviendra, des siècles plus tard, la rhumerie du Château de Labourdonnais. Dès 1781, un mémoire de Cossigny mentionne déjà plusieurs types d'alcools de canne produits sur l'île : le guildive (rhum agricole), le tafia et le rhum de mélasse.
Une culture toujours centrale, sous une autre forme
La canne à sucre couvre encore environ 33 000 hectares récoltés (campagne 2024), cultivés par quelque 8 000 planteurs. Trois sucreries seulement — Alteo, Omnicane et Terra — broient aujourd'hui toute la récolte, qui s'étend de juin à décembre. Au-delà du sucre et du rhum, la canne fournit aussi une part de l'électricité du pays, grâce à la combustion de la bagasse, son résidu fibreux.
Rhum agricole ou rhum traditionnel : la distinction qui compte
Deux grandes familles se partagent la production mauricienne. Le rhum agricole est distillé à partir du jus de canne frais (le « vesou », ou « fangourin » en créole mauricien), pressé et distillé dans les heures suivant la récolte — un profil plus végétal et fruité, produit à l'alambic de cuivre (Chamarel, Saint Aubin). Le rhum traditionnel, ou industriel, part de la mélasse, un résidu sirupeux de la fabrication du sucre qui se conserve toute l'année, distillé en colonne à plus grand rendement (Green Island, une partie de la gamme New Grove).
Longtemps sous-produit local peu valorisé, le rhum mauricien change de statut au début des années 2000 : un assouplissement réglementaire autorise la production de rhums aromatiques destinés à l'export, ouvrant la voie à une génération de distilleries artisanales tournées vers le tourisme et la qualité — Chamarel ouvre ses portes en 2008. D'une quarantaine de distilleries en activité au XIXe siècle, il n'en reste aujourd'hui qu'une poignée, mais plusieurs rhums mauriciens raflent désormais des récompenses internationales, comme New Grove, élu meilleur rhum du monde à l'International Sugar Cane Spirits Award 2020.
Les 4 grandes rhumeries à visiter
Quatre domaines se visitent facilement depuis n'importe quel point de l'île, avec dégustation à la clé — comptez une demi-journée pour chacun si vous ajoutez le déjeuner sur place.
- Rhumerie de Chamarel (sud-ouest) — visite guidée de 30-40 minutes à travers champs de canne, alambics de cuivre et colonnes de distillation, dégustation incluse (≈550 MUR). Lundi-samedi 9h30-16h30.
- Domaine de Saint Aubin (sud) — le plus ancien des quatre, fondé en 1819. Demeure coloniale, maison du rhum, distillerie artisanale au fangourin, maison de la vanille et jardins tropicaux.
- L'Aventure du Sucre (Beau Plan, Pamplemousses, nord) — musée installé dans une ancienne sucrerie, avec dégustation de plus de 30 produits à base de canne ; berceau du rhum New Grove. Lundi-samedi 10h-16h, 1 200 MUR adulte.
- Château de Labourdonnais (Mapou, nord) — demeure coloniale du XIXe siècle et rhumerie des Mascareignes (gammes pâle, blanc, ambré), jardins aux 50 variétés de manguiers centenaires. Tous les jours 9h-17h.
Blanc, ambré, vieux : les grandes catégories
Un rhum blanc sort de l'alambic sans vieillissement. Un rhum ambré ou doré passe quelques mois à quelques années en fût de chêne. Un rhum vieux ou XO vieillit plusieurs années en fûts ayant souvent déjà contenu du bourbon ou du cognac. Un rhum épicé ou arrangé, enfin, macère après distillation avec des épices, fruits ou de la vanille — c'est le cas de la Pink Pigeon mauricienne.
Les marques mauriciennes à repérer
Au-delà des quatre domaines visitables, quelques marques reviennent souvent en boutique ou au bar : New Grove (distillerie Gray's, groupe Terra, Pamplemousses), Green Island (International Distillers Mauritius, un rhum du quotidien depuis 1960), Penny Blue et Pink Pigeon (Medine Distillery, la plus ancienne distillerie encore active de l'île, fondée en 1926 à Flic-en-Flac), ainsi que Lazy Dodo et Bougainville (distillerie Oxenham). Le guide complet détaille chacune de ces marques.