À ne pas confondre
La pension continue d'être versée par les caisses de retraite françaises (CNAV, Agirc-Arrco, caisses complémentaires…), quel que soit le lieu de résidence. Ce qui peut basculer vers Maurice, c'est uniquement le droit d'imposer ce revenu, pas son versement.
⚖️ Deux régimes bien distincts
Pension du secteur privé (article 18) — le principe général : les pensions liées à un emploi antérieur suivent la résidence. Mais comme détaillé ci-dessous, l'essentiel des pensions obligatoires (base et complémentaire) en est exclu par une exception spécifique — seuls les compléments facultatifs suivent réellement ce principe.
Pension de la fonction publique française (article 19) — fonctionnaires, ex-agents publics : reste imposable en France, quel que soit le lieu de résidence.
Le texte exact de l'article 18 de la convention
Plutôt que de résumer, voici l'article qui tranche tout, mot pour mot (convention France-Maurice du 11 décembre 1980) :
- §1 — « Sous réserve des dispositions du paragraphe 2 de l'article 19, les pensions et autres rémunérations similaires payées à un résident d'un État au titre d'un emploi antérieur ne sont imposables que dans cet État. » (principe général : la pension suit la résidence)
- §2 — « Nonobstant les dispositions du paragraphe 1, les pensions et autres sommes payées en application de la législation sur la sécurité sociale d'un État ne sont imposables que dans cet État. » (exception : une pension de « sécurité sociale » reste imposable dans le pays qui la verse, quel que soit le lieu de résidence)
- §3 — « Les dispositions du paragraphe 1 ne s'appliquent pas lorsque le bénéficiaire des revenus n'est pas assujetti à l'impôt pour ces revenus dans l'État dont il est un résident (...). Dans ce cas, ces revenus sont imposables dans l'État d'où ils proviennent. » (filet de sécurité : si Maurice ne taxe finalement pas cette pension, le droit d'imposer revient à la France)
Reste à savoir ce que « sécurité sociale » recouvre au §2 — et c'est là que la doctrine officielle française (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20-50) tranche : elle y inclut explicitement le régime général (CNAV) et les régimes de retraite complémentaire obligatoires, en nommant noir sur blanc l'Agirc et l'Arrco.
Conséquence concrète : pour une carrière salariée classique du privé, la pension de base et la complémentaire Agirc-Arrco relèvent du §2 — elles restent donc imposables en France, même une fois résident fiscal à Maurice. Ce n'est pas une lecture parmi d'autres : trois sources concordent (le texte de la convention, la doctrine BOFiP, et des cabinets spécialisés en fiscalité franco-mauricienne). Ce qui bascule réellement sous le §1 (donc potentiellement à Maurice) : les produits d'épargne retraite facultatifs — PER individuel, assurance-vie, complément non obligatoire. Et si Maurice ne les taxe finalement pas (exonération, montant sous le seuil), le §3 fait revenir le droit d'imposer à la France.
📊 Le barème mauricien
Maurice n'applique plus de taux unique de 15 % : il a été remplacé dès juillet 2023 par un barème progressif, simplifié en juillet 2025. Depuis le 1ᵉʳ juillet 2026 (Finance Act 2026, promulgué en août 2026), le barème compte quatre tranches : 0 % jusqu'à 500 000 Rs/an, 10 % jusqu'à 1 000 000 Rs/an, 20 % jusqu'à 12 000 000 Rs/an, et 35 % au-delà (cette dernière tranche remplace l'ancienne « Fair Share Contribution »). Pour une pension de retraité dans les budgets présentés sur ce site (bien en dessous de 12 millions de roupies, soit environ 220 000 €/an), seules les trois premières tranches s'appliquent en pratique. Beaucoup de sites en ligne mentionnent encore l'ancien taux unique de 15 % — un bon rappel que ces informations évoluent vite.
En contrepartie de la fiscalité mauricienne : pas d'impôt sur la fortune, pas de taxe sur les plus-values, pas de droits de succession en ligne directe.
La résidence fiscale ne se décrète pas sur le papier : il faut pouvoir démontrer un centre des intérêts économiques et personnels réellement transféré à Maurice (durée de présence effective, logement principal, comptes bancaires…) pour espérer basculer côté mauricien aux yeux de l'administration française.
Un abattement mauricien à connaître : la prime d'assurance santé
Pour qui est résident fiscal mauricien, l'Income Tax Act (article 27B) prévoit un abattement sur le revenu imposable au titre des primes d'assurance santé payées dans l'année, à condition que la prime ne soit pas déjà prise en charge par un employeur :
- 25 000 Rs pour soi-même
- 25 000 Rs pour le premier ayant droit (conjoint)
- 20 000 Rs pour chaque ayant droit suivant (jusqu'au 4e)
⚠️ Cet abattement réduit le revenu imposable à Maurice — il ne s'applique donc qu'à la part de vos revenus effectivement imposée côté mauricien. Pour la plupart des retraités dont la pension de base reste taxée en France (voir ci-dessous), l'effet concret reste limité, sauf si vous avez par ailleurs des revenus imposables à Maurice (loyers locaux, placements sur place, ou un PER/assurance-vie ayant basculé sous le régime mauricien).
❓ En pratique : puis-je être imposé sur ma retraite à Maurice ?
Le plus souvent, non — si votre pension se limite aux régimes obligatoires (pension de base CNAV et complémentaire Agirc-Arrco), elle reste imposable en France même une fois résident fiscal à Maurice, d'après la doctrine officielle de l'administration française (voir l'encadré ci-dessus). Seuls des compléments de retraite facultatifs (PER individuel, assurance-vie) basculeraient réellement sous le régime fiscal mauricien.
Exception : si c'est une pension de la fonction publique française, l'article 19 s'applique à la place, et elle reste imposable en France quel que soit votre lieu de résidence — la même conclusion, mais pour un motif différent.
Le point délicat reste le mot « véritablement » : si l'administration française estime que le centre de vos intérêts reste en réalité en France, elle peut continuer à vous considérer comme résident fiscal français malgré votre installation. Une consultation avec un fiscaliste franco-mauricien avant le départ reste la meilleure garantie pour formaliser correctement la sortie de résidence fiscale française.
🇫🇷 Ce qui reste imposable en France
S'installer fiscalement à Maurice ne met pas tout à l'abri de l'administration française :
- Revenus fonciers — un bien loué resté en France continue d'être imposé en France (article 6 de la convention), quelle que soit la résidence fiscale déclarée par ailleurs.
- Pensions publiques (article 19) — toujours taxées en France, comme vu plus haut.
- Risque de requalification — si le centre des intérêts vitaux reste en réalité en France (famille, comptes, activités), l'administration peut continuer à considérer la personne comme résidente fiscale française malgré un domicile mauricien déclaré.
- Prélèvements sociaux — une fois non-résident fiscal, vos pensions ne supportent plus la CSG, la CRDS ni la CASA ; une cotisation d'assurance maladie (3,2 % sur la retraite de base, 4,2 % sur les complémentaires) est prélevée à la place. Voir le détail. D'autres revenus de source française (loyers, placements) peuvent rester soumis à des prélèvements sociaux : à vérifier au cas par cas.
Étape recommandée avant le départ : consulter un fiscaliste franco-mauricien pour formaliser correctement la sortie de la résidence fiscale française (déclaration de départ, dernière déclaration de revenus…). Un dossier mal formalisé est le principal risque de double imposition de fait.
₿ Les cryptomonnaies : ce qui change en s'installant à Maurice
Bitcoin, Ethereum et autres cryptomonnaies sont traités très différemment en France et à Maurice. Ce qui compte, c'est la date à laquelle vous vendez par rapport à la date où vous devenez résident fiscal mauricien.
- Tant que vous êtes résident fiscal français : chaque vente de cryptomonnaies contre des euros (ou contre un achat) est imposée en France à 31,4 % de la plus-value en 2026 (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux). L'année du départ, les ventes faites avant votre date de départ restent imposées en France.
- Une fois non-résident fiscal français : ce régime français ne concerne que les résidents. Les plus-values sur cryptos faites après votre départ ne sont donc plus imposées en France. Et l'exit tax, l'impôt sur les plus-values latentes au moment du départ, ne vise pas les cryptomonnaies.
- À Maurice : il n'y a pas d'impôt sur les plus-values. Les gains d'un particulier qui gère son épargne en cryptos ne sont donc pas taxés en tant que tels. En revanche, quelqu'un qui achète et revend très souvent, comme un métier, peut voir ses gains traités comme un revenu, imposé au barème mauricien. Et un revenu venu de l'étranger n'est imposé à Maurice que s'il est rapatrié sur l'île.
Les précautions à prendre
- Être vraiment résident mauricien : si votre foyer ou vos intérêts restent en France, l'administration française peut vous considérer toujours résident, et taxer vos ventes de cryptos.
- Garder les preuves de l'origine de vos fonds : dates et prix d'achat, relevés des plateformes. Les banques mauriciennes demandent d'où vient l'argent, surtout s'il vient de cryptomonnaies, et certaines sont plus réticentes que d'autres.
- Les plateformes échangent désormais leurs données : depuis 2026, les plateformes européennes transmettent automatiquement les informations de leurs clients aux administrations fiscales. Mieux vaut une situation claire et déclarée.
- Les virements pour le permis : les 24 000 $ par an doivent arriver de l'étranger sur votre compte mauricien. Un virement venant d'une plateforme crypto doit être bien justifié auprès de la banque.
Maurice encadre les plateformes de cryptomonnaies depuis 2021 (Virtual Asset and Initial Token Offering Services Act), mais aucune règle fiscale mauricienne ne vise spécialement les cryptos des particuliers. Ces règles évoluent vite : faites valider votre situation par un fiscaliste avant de vendre, surtout l'année du départ.
Ce guide est un point de départ, pas un avis fiscal. Les taux et seuils évoluent — une vérification auprès d'un fiscaliste franco-mauricien reste indispensable avant toute décision.